A vous de juger !

L'obscurité, l'obscurité, tout n'était qu'obscurité à mes sens. La douce tiédeur du ventre maternel m'enveloppait de tout part. Le battement de mon coeur qui résonnait dans cette chaude cavité me rapellait à chaque intermittence que la vie se faisait plus forte en moi. Mais depuis quelques jours, je me sentais à l'étroit dans cette enveloppe pourtant si douce. Indéniablement, il fallait que je repousse cette tiède couverture de protection. Je devais accomplir mon premier pas vers la vie, le plus dur mais aussi le plus beau. Il fallait que je sorte.
De toutes mes forces, je bougeais de manière à trouver une sortie. Les convulsions que j'occasionais se propagaient dans le corps de ma mère. Je senti le rassurant battement de son coeur s'accélerer. Mais rien ne pouvait m'empêcher de continuer de me débattre. Des sons du dehors me venaient, j'excitai tous les êtres alentours. Je me rendormi épuisé par tant d'efforts, mais l'étau qui se resserait me fit reprendre conscience. J'étouffai !
Je me remis à bouger pour trouver de l'espace, ce qui ne fit que réveiller les douleurs à ma mère.
S'ensuivit relachement et contraction pendant des heures ou le coeur de ma mère explosait de douleur. Les autres s'affolaient, les tensions s'accéléraient.
Mes membres que je ne connaissais guère étaient coincés dans tous les replis. On me tirait, on m'expulsait, je le sentai, je ne voyais rien mais derrière mes yeux clos, le jour se fit.
L'élément dans lequel j'étais, était toujours aussi tiède et doux mais il ne me retenait pas et je m'enfonçais dans cette nouvelle substance. Un autre que ma mère me poussa jusqu'à la surface. Je pus respirer ma première bouchée d'air frais de cette terre, de cette vie.

J'avais éspérer me trouver dans une maternité, entouré de mes deux parents, encerclé de médecins et d'infirmières, qui me promettaient un avenir sans crainte. J'éspérai avoir un avenir heureux, où nul obstacle ne s'opposerait à mes ambitions, où je rencontrerai les plus belles choses de la vie, où je serais libre, où je serais homme...

Mais tout autour de moi n'était qu'océan. Un océan hostile où aucun refuge n'était proposé à notre espèce. Mon espèce, si maigre, si affaiblie par ces hommes. Je n'ai pas le choix, je n'ai jamais eu le choix. Je dois vivre coûte que coûte, mon combat sera la vie, car je la sais si fragile. Notre mort s'accroche partout, sur les thermomètres qui font fuir notre nourriture, dans les cales des grands navires pétroliers, et sur les harpons des baleiniers. Et nous disparaissons, malgrès nos chants qui ont inspiré nombre de contes, malgrès l'élégance de nos panaches de rosée, notre légende et malgrès notre puissance si pure que des millions d'enfants rêvent de rencontrer. Nous disparaissons sous le couteau de l'homme qui n'a pourtant pas besoin de notre viande pour vivre.

Même morts, nous gagnerons la lutte. Que les hommes nous exterminent s'il le veulent, mais nous donnerons le dernier mot. Après nous, d'autres espèces parleront, elles n'auront certes pas beaucoup d'importance, mais ensemble, nos disparitions s'ensuivront ; jusqu'à la destruction de la Terre elle-même,...
...de la vie.

Quoi de plus terrifiant qu'un monde sans vie ? Où certes, ni haine, ni violence n'existent, mais sans amour, sans paix, sans pensée, sans esprit,...
... quoi de plus terrible ?

Pour cette vie, à qui nous devont tout, et sans qui les ténèbres viendraient nous entourer, je me battrai, je combattrai, de tout mon sang et de toute mon âme, je lutterai, jusqu'à que la vie gagne. Parce que je ne crois pas que l'homme laisserait la vie se perdre dans l'obscurité.



Je suis né baleine.






# Posté le samedi 20 janvier 2007 13:30

Modifié le mercredi 05 décembre 2007 14:55