"Jeudi 5 mars 2009
Une bonne surprise. D'abord, se lever avec l'incroyable sensation d'être libre. De ne plus avoir à culpabiliser, d'apprécier chaque millième de seconde. Suivre ses envies, seules ses envies. Avoir perdu l'eau de son corps, s'être purifier l'esprit.
Puis une contrariété légère sous forme de SMS tardif : "Ouais je croi ossi". Au moins, il avait répondu, tout n'était peut être pas foutu.
Et puis partir un peu à la hâte, les pas malicieux, complices d'une surprise. Se rendre compte de sa bêtise, le vent frappe, le froid mord et les gants ont été oubliés ! Ne pas renoncer, persévérer, rester fière malgrè la violence de l'air qui nous fait pleurer. Et rouler, toujours rouler, comme pour rattraper le temps que nous donne la vie. S'arrêter enfin, se moucher puis se sentir crasseuse, enfin vivante surtout.
Saluer un sourire, précieux et chaleureux. Et passer du temps avec une amie. Ne rien trouver, se déplacer pour rien, s'accepter stupides, et rebrousser chemin. Chercher, fouiller, se décider puis découvrir enfin l'objet de notre escapade. Et se le payer à deux, le partager.
Ecouter un appel, recevoir une parole et savoir qu'on nous attend. Retrouver une entrée, y grimper, discuter légérement, s'en satisfaire et marcher, toujours marcher en bavardant.
Connaître l'euphorie, apprécier la folie, et surtout déguster l'élan populaire, force d'un peuple, d'une ville, d'une utopie.
Fabriquer des pancartes, écrire maladroitement en marchant et se voir féliciter de nos brillantes idées.
Crier, hurler, bloquer, montrer ; volontaire mais pas fatigué, gelé mais jamais violent. Voir un manifestant donner la paix à un automobiliste énervé, et les gens se détacher pour laisser pompiers ou policiers passer. Donner la main à des inconnus, se serrer les bras, tourner, créer une ronde, comme avant au 14 juillet. Imaginer des nouvelles idées, et puis faire la holà juste après un silence.
Croiser une poupée blonde, un cerceuil, des perruques, et son prof de math un brin fêlé, puis toujours marcher. Rencontrer quelqu'un dont les yeux brillent et qui aurait aimer nous savoir autre. Essayer de se réchauffer, voir ses doigts geler, mais continuer, s'obstiner, ne rien rater. Pas aujourd'hui.
Arrivés enfin sur une belle place, d'un beau nom en plus. Illustre. Entendre parler de kermesse.
Arrassés, décider finalement de les quitter, aller se réchauffer, bien manger et puis travailler.
Avoir la bonne surprise d'aimer son repas offert par une amitié. Parler et profiter. Ne pas se presser, rentrer en classe, ne pas oublier les papiers et étudier.
Essayer de s'empécher d'imaginer la suite, après. Réver à nouveau de le toucher et de le sentir. Avoir son odeur collé à la peau. Impossible d'oublier. Mais essayer d'y arriver.
Et puis, se laisser bercer par les pendages, les rivières, les couches jurassiques de la carte. Tracer sur son calque, vivre l'instant présent : toujours.
Eviter de le croiser à la pause. Et reprendre, plus au moins fatiguée, son travail. Colorier, se croire gamine et en profiter.
Sortir, trembler, trembler beaucoup d'un coup.
L'attendre, puis l'appeler. Croyait-il pouvoir s'en tirer ? Je ne suis pas du genre à reculer.
- "Je crois qu'il faudrait qu'on se parle, non ?"
...
Le voir rougir et ses yeux se détourner.
- "Justement,...
... ca fait longtemps que je voulais te le dire..."
Savoir, connaître toute la suite par ces seuls mots.
"...je crois qu'il faudrait se séparer."
Manquer d'air, se décomposer, mais ne pas être surprise. Non, déjà bien trop préparée.
"- OK.
- Je voulais pas te faire de mal.
-Ah, bah, ca, c'est déjà fait.
- J'avais peur de ta réaction.
...
- ...
Tu aurais quand même pu me le dire plus tôt, non ?"
Dire une phrase de trop, la regretter déjà...
Et puis se quitter, ne pas, ne plus, chercher à le raccompagner.
"- A demain !
- A demain."
Marcher seule, se sentir commencer à pleurer. Et puis retrouver un ami, peut être pas le plus proche, ni le meilleur, mais celui qui saura le premier, et surtout celui qui a écouté. Se retenir de tout son être à pleurer. Au fond de son coeur, le remercier.
Ne pas arriver à penser, ni à choisir, sauter dans un tram. Le sien, le bon. Voir à soi s'ouvrir une opportunité espérée, mais vite se rendre compte dans l'incapacité de l'exaucer, alors, rappeler pour s'excuser. Trop occupée.
Retenir ses larmes devant des inconnus et aider une mémé : parapluie coincé !
Ecouter la voix de sa mère au répondeur, essayer de l'appeler. Puis s'arrêter, déguster encore le plaisir d'ouvrir une porte, feuilleter des pages, et rentrer chez soi.
Se croire seule, inutile, à jamais repoussée, laisser un peu de haine exploser, puis réfléchir. Agir et se sentir dans le vide. Seule. Presque prête à mourir.
Mais trouver un objet et se mettre à écrire.
Libérer, ne plus pleurer, réfléchir, être soi et s'exaucer.
Après tout, on crève seul.
Et je veux vivre libre."