ARAIGNÉE
Un beau jour, une belle journée.
Un peu de voyage, un samedi d'été.
Une senteur reste ennivrée dans l'air.
Tu me dis rêver d'air...
Tu l'a apercu de loin, ta falaise,
Gorgée de soleil, elle te paraît braise.
Tu rêves déjà d'arriver au sommet,
A la recherche d'une limite à te confronter
Celle-ci est bien réelle, et jamais
Tu ne pourra lui échapper.
Je te regarde, je ne peux que t'observer.
Tu sembles tellement passionné,
Je n'oserai pas te couper ;
D'un si bel entrain, je te vois t'affairer.
Tu fabriques habilement de tes mains
L'unique qui me relit à toi, ce lien.
Confiant, tu sais que la clef, pour réussir,
N'est certainement pas de trop réfléchir.
Je te regarde, d'un air suspect
Inconscient petit jouet,
N'as tu pas peur de t'écraser ?
Menteur. Tu ne veux pas le montrer.
Nombreux sont ceux qui vous diraient inhumains
De vouloir imiter la tisseuse, petits malins...
L'ahuri ne ferait que de se demander ;
"Mais pourquoi continuer de grimper ?"
Il n'y a, je crois, qu'une seule volonté
Celle de vouloir créer
Une nouvelle espèce de vertébrés,
Repousser les limites que nous fixe la société,
Ne jamais faire comme il faudrait.
Je te regarde en l'air, le nez tiré,
Et j'avoue, je ne peut m'empêcher de t'admirer.
Alors que tu me fais frémir de froids mouvements
De te voir si confiant.
Indomptable sur ton fil,
Seul ton être dicte cette danse agile.
Parce que tu sais que dans l'infime geste
Se cache l'heureuse adresse,
Ton regard reste consciencieusement fixé
Sur les mouvements critiques que tu oses donner.
Pour chaque appui, ton pied devient main,
Tes caresses sur la roche ne font qu'un.
Tu te renverses, tu restes coincé.
Mais toujours tu saura te délivrer.
Et lorsque la prise t'abandonne,
Tu crois mourir mais aussitôt tu pardonnes,
Cette corde si bien tressée ne saurait
Jamais, te laisser tomber.
Tu me souris, de loin tu crie OK.
C'est à moi de jouer.
Ce geste si vital, est pourtant,
Pour toi, le plus évident.
Ta belle évolution si spontanée,
Qu'on aurait pu croire de notre nature, déroutée,
Nous semble alors incontestablement,
La seule activité, vraiment,
Qui respecte le corps dans toute son intégrité.
Tes muscles ne se sont jamais offensés.
A peine posé à terre,
Tu rêves déjà d'y retourner.
Pas assez de temps pour grimper,
Tu te plains de ca, sans arrêt.
Je ne peux refuser, je n'ai plus de raison.
Seule quelque chose que l'espèce a inventé,
L'angoisse d'être en haut, vertige d'un instant,
Qui bloque cette beauté de venir à moi, un moment.
Mais j'apprendrai, à la maitriser, cette peur si mal traitée,
Qui fait de nous des êtres compléxés.
Je forcerai la nature humaine,
Pour effondrer cette haine.
Petit retour vers le passé,
Jusqu'à mon cousin chimpanzé.
Je suis à terre,
Le nez en l'air.
Et reste à t'envier,
Si délicate araignée.
M.



